23 Avril 2013
Mardi, lever très matinal, le bus est à 6h du mat de l’autre côté du village. Passage de la frontière 3h plus tard, au moment où le soleil vient frapper le sommet du stratovolcan Lanin de ses premiers rayons. Le paysage change dès lors que l’on passe la frontière. Là où les hêtres étaient plus que dominants, ils partagent désormais les versants avec de nombreux conifères. Il fait plus froid, l’air est humide et les reliefs plus resserrés. On sent tout de suite que la barrière des Andes n’est plus là pour protéger des vents et de la pluie venant de l’océan Pacifique.
On arrive à Pucon en fin de matinée. Je dis à Margaux que je veux prendre une chambre en dortoir quelque part et qu’on pourra se retrouver plus tard. J’aime voyager et partager ces moments avec elle. Mais nous avons des manières différentes de voyager. Et ma manière de voyager est basée sur le fait de voyager seul, au moindre coût, ou presque, sans faire beaucoup de pauses. J’aime changer d’endroits souvent, rencontrer de nouvelles personnes et avoir mes moments à moi. J’ai juste besoin de retrouver un peu mon voyage tel que je le vis depuis le début.
Je sympathise avec Julien et Fanny, un couple franco-belge qui voyage depuis le même temps que moi. On décide d’aller voir la guesthouse de la petite dame qui propose des dortoirs pas chers à la station de bus. C’est juste en face. L’endroit est très sympa, tout en bois, tranquille, une petite cour, c’est pas cher (5000) et l’ambiance est chaleureuse, on reste là. On va ensuite dans le centre pour faire le tour des agences qui proposent de faire l’ascension du volcan.
Parce que oui, la raison principale pour laquelle les gens viennent à Pucon, c’est parce qu’il est possible de faire l’ascension du volcan Villarica, qui culmine à 2847m et qui a la particularité d’avoir en permanence un lac de lave au fond de son cratère. On fait plusieurs agences, plus ou moins convaincantes, pour finalement choisir de le faire avec l’agence du proprio de la guesthouse. 35000 au lieu de 45000, le contact est bon avec le gars, qui vante les mérites de ses guides plutôt que la qualité de son matériel, certes moins bien que les autres. Vendu, rendez-vous demain matin à 6h. Le temps est également un facteur important, à cette période de l’année, il n’est pas évident du tout d’avoir des conditions optimales. L’ascension peut alors se révéler difficile, voire périlleuse. L’année dernière, 3 touristes sont morts par exemple. Dans l’aprèm, on va tous les 3 faire des courses pour le soir et le lendemain. Julien entreprend ensuite de faire des pattes fraîches pour le soir. Pendant ce temps là, je vais me promener dans le village avec Fanny. Petite baignade rafraîchissante au lac, ballade et ramassage de dizaines de châtaignes dans la rue. On passe ensuite la soirée tranquilles à la guesthouse, faisant connaissance avec les autres occupants. De l’israélien, du français, une fille du pays de Galles.
Mercredi, à l’attaque !! Réveil matinal. Le ciel est embrumé, mais ça devrait être comme ça juste dans la vallée. On est un petit groupe comparé à ce qui peut se faire. Julien, Fanny, Ritchy, un autre français, un couple de chiliens, un couple de suisses-allemands et moi. 3 guides. Presque une heure de route pour arriver au pied du volcan. Là, on a le choix. On peut prendre le téléphérique, puis se faire 600m d’ascension. Ou on ne prend pas le téléphérique, ce qui rajoute une heure de grimpe, pour un dénivelé total de 1000m. Seul le couple chilien prend le téléphérique, nous on grimpe. Le ciel est complètement dégagé là o on est et les montagnes aux alentours se baignent dans une mer de nuages, c’est magnifique !! On peut également voir l’ombre du volcan avec le soleil qui se lève. Et au loin, le volcan Llaima, un des plus actifs du Chili.
La première partie de l’ascension se fait sur terrain volcanique. Puis, il est temps de faire une pause au pied du glacier, pour chausser les crampons et apprendre à utiliser le piolet. A cet endroit, il y a une civière. Cette civière a été utilisée lors de l’expédition de sauvetage de la tragédie des Andes. On peut encore voir les ceintures de l’avion. A partir de ce point, ça va essentiellement être une ascension sur glacier. C’est super agréable de marcher sur le glacier avec les crampons et le piolet. Et ce n’est pas si dangereux que ça, du moins lorsque l’adhérence est bonne. C’est autre chose lorsqu’il fait froid ou que le temps est mauvais, la glace est beaucoup plus dure. Bon par contre c’est vrai, à beaucoup d’endroits il vaut mieux ne pas tomber. Si tu tombes que tu n’arrives pas à freiner la chute, ce sont les pics rocheux et les crevasses qui t’attendent en contrebas, et c’est comme ça qu’on peut en mourir. Moi je m’éclate en tout cas, j’adore ça.
La dernière demi-heure commence à être physique. On atteint le sommet du volcan après 4h d’ascension. Un moment inoubliable, et quelle vue !!! On reste presque une heure au sommet, admirant le paysage, se promenant autour du cratère, jouant comme des gosses avec les guides en faisant rouler de gros rochers sur le glacier de l’autre versant pour voir lequel va le plus loin.
Puis il est temps de redescendre. Alors la descente, c’est beaucoup plus fun que la montée. On s’équipe de nos protège-cul et de nos pelles en plastique. C’est parti pour une demi-douzaine de passages aménagés en descente de bobsleigh. Je passe devant, on descend à tout vitesse sur le cul et en utilisant le piolet comme gouvernail et comme frein. Excellent !!! Sauf quand une française d’un autre groupe devant est terrifiée et reste plantée au beau milieu de la piste, quand toi tu arrives à toute vitesse… Trop cool ces descentes !!! Une fois qu’on retrouve le terrain rocailleux, la descente est encore plus rapide. En empruntant les couloirs d’éboulis, on peut limite courir, en faisant de grands pas un peu comme Neil Armstrong. En plein euphorie, je finis en me faisant une petite course rapide. On arrive en bas en 2h. Excellent, même si maintenant j’ai des ampoules énormes aux talons…
Retour à Pucon. En fin d'aprèm, je vais voir un très beau coucher de soleil avec Léo, un français. Puis le soir, énorme tartiflette préparée par Julien et Fanny, mortel !!! Les prévisions météo ne sont pas très bonnes pour les prochains jours. La journée du lendemain devrait être la dernière journée de beau temps, alors on décide d’aller au parc national qu’il y a pas loin pour se faire une journée de rando. Un couple franco-polonais se joint à nous.
Jeudi, on prend le premier bus à 8h30. On a toute la journée pour parcourir le parc, jusqu’au dernier bus qui est à 17h10. Ca grimpe dans la forêt, et le sentier offre de temps en temps de beaux points de vue sur les lagunes et sur le Villarica au fond. On se pause au bord d’une lagune pour manger, puis c’est reparti.
Un peu plus haut, la végétation change et on se retrouve entourés d’araucarias. L’araucaria est un arbre très particulier que l’on ne trouve que dans quelques régions du monde : Nouvelle-Guinée, Australie, Nouvelle-Calédonie, Brésil et ici au Chili, dans cette région qui porte d’ailleurs le nom d’Araucanie. Je reste me promener un peu parmi ces arbres que j’adore pendant que Julien et Fanny continuent un peu plus pour aller voir un point de vue. On se retrouve ensuite tous sur le retour. A la fin de la journée, je commence à sentir un peu la fatigue de ces deux jours, il va être temps de se poser.
Vendredi et Samedi, je reste à Pucon pour me reposer. Je dors de plus en plus, je reste des heures à la guesthouse en utilisant le chargeur de Flavio qui a le même ordi que moi, je bois mon maté, je cuisine des piñones (graine de l’araucaria, excellente, très bonne pour la santé et que les Mapuche mangeaient beaucoup), je discute avec tous les gens qui défilent à la guesthouse, me promène dans le village avec un chien (au Chili il y a toujours au moins un chien qui te suit partout), je vais voir Margaux, regarde le coucher de soleil, je change mes plans tous les jours sans vraiment prendre de décision, … bref, je me pause.
Et puis, il y a quelque chose de nouveau dans mon voyage. Je suis fatigué, vraiment fatigué. Physiquement, j’ai mal aux genoux depuis quelques semaines et ça commence à être usant. J’ai probablement fait trop de rando ces derniers temps, sans prendre le temps nécessaire pour me ressourcer. Mentalement, je réalise que ça fait presque 8 mois que je voyage à un rythme soutenu. J’ai vu tellement de chose, rencontré tellement de gens, ai changé d’endroits tellement souvent… c’est usant. Et puis toujours dire les mêmes choses quand tu rencontres de nouvelles personnes, à la longue… Alors à Pucon, dans cette petite guesthouse où je me sens comme chez moi, je trouve un peu de stabilité et ça me fait un bien fou. Je vois défiler les gens alors que moi je reste là, je me rends compte que j’ai été comme eux, toujours en mouvement. J’adore le mouvement, mais au bout d’un moment, ça fait trop. Je rencontre aussi des gens qui voyagent depuis le même temps que moi et qui me disent la même chose, ça me rassure un peu. Margaux m’a parlé d’une étude menée en Allemagne et qui est arrivée à la conclusion que lorsque l’Homme, du moins les sujets de l’expérience en question, accomplit une action au cours d’une période donnée, il y a toujours un point de rupture, un changement, qui s’opère aux 2/3 de cette période. Alors peut-être que je suis en train de vivre ma crise des 2/3… Je me focalise donc plus sur les gens qui m’entourent, sans chercher à voir tout ce qui peut être vu dans le coin. Je passe aussi mes derniers instants avec Margaux.