4 Janvier 2013
Le trajet est assez long, on arrivera à Phnom Penh en début de soirée. Attaqués par les tuk-tuks dès l’arrivée, on en prend un, qui nous dit qu’à cette heure tardive, il y aura plus de chance de trouver un logement pas cher dans la rue 172, plutôt que dans la rue 258, là où on veut aller. Ah oui, parce que Phnom Penh c’est très très grand, et toutes les rues sont perpendiculaires et portent des numéros. On trouve finalement une chambre après quelques autres essais dans cette rue où sont concentrés pas mal de touristes. Bon, on changera demain. On va manger un très bon Lok-Lak au Laughing Fat Man, accueillis avec le sourire de ce dernier.
Le 5 janvier bim, ça arrive comme ça sans prévenir, j’ai 28 ans. Plutôt sympa de les fêter au Cambodge ! Moi ça me suffit, pas besoin de faire de gros truc pour marquer le coup. Bon, on se fait quand même plaisir en trouvant un super hôtel dans la rue 258 (celle où on voulait aller au départ), grande chambre, eau chaude, wifi et balcon, classe. En se promenant, on passe devant le Palais Royal. Un portrait de Norodom Sihanouk est installé sur le devant du Palais. Sihanouk est l’ancien Roi et personnage suprême du Cambodge pendant le 20ème siècle. Il a obtenu l’indépendance du Pays dans les années 50, il dirigea le pays pendant ses années prospères, fût emprisonné par les Khmers rouges, puis revint après son exil en Chine. Des dizaines de cambodgiens viennent se recueillir sur son cercueil.
On va ensuite visiter le musée national, juste à côté. Le musée est très intéressant, il contient beaucoup de sculptures khmères, surtout de la période pré-angkorienne. Ca permet de les voir de près, surtout que plusieurs viennent d’Angkor, où on va après.
On se documente également sur l’histoire Khmer, mais surtout sur la religion, histoire d’y voir plus clair entre les dizaines de divinités bouddhistes et hindouistes sans les mélanger. L’hindouisme a été la religion dominante du Ier au XIVème siècle. On y pratiquait surtout le culte de Shiva, dieu de la destruction, ou de Vishnou, grand protecteur du monde. Brahma, la troisième divinité composant la triade est moins vénéré. Le « véhicule », créature sur laquelle les divinités sont souvent représentées, de Shiva est le Naga, serpent à 7 têtes représentant un arc-en-ciel. Celui de Visnu est Garuda, mi-homme mi-oiseau. Le bouddhisme devient la religion d’état à partir des XIIIème et XIVème siècles et l’est toujours aujourd’hui. Je reste environ une heure et demi au musée puis je repars à l’hôtel. Katja, en tant que Docteure en archéologie, passe logiquement plus de temps à contempler les richesses du musée.
Le soir, Katja m’invite au resto de mon choix. Je cherche un truc simple, in y a une rue où on trouve plusieurs petits restos qui font de la viande grillée. On finit par trouver non sans mal, ça ressemble à une grande cantine, où une armée de serveurs courent dans tous les sens. Ca fait du bien de manger de la viande grillée putain ! On sympathise avec notre jeune serveur attitré, qui s’empresse de nous resservir nos verres dès qu’on boit une gorgée. Soirée très sympa, sur le chemin du retour, on passe par le monument de l’indépendance, très très beau la nuit.
Dimanche, je commence la journée du bon pied en allant courir le long des quais. Ensuite, je veux aller voir les champs de la mort et la prison S21, deux lieux évoquant la triste époque des Khmers Rouges et les horreurs commises sous le régime de Pol Pot. Le 17 avril 1975, les Khmers rouges prennent possession du pouvoir et entament une restructuration radicale de la société. L’idée est de transformer le pays en immense coopérative agricole. Les habitants des villes sont envoyés dans les campagnes pour y travailler 12 à 15h par jour. L’objectif est de tripler la production de riz, infaisable. C’est ça ou l’exécution. Pol Pot considère également qu’il est nécessaire de « purifier » les Khmers rouges, notamment les partisans de l’ancien régime et les Khmers formés par les vietnamiens. Les vietnamiens interviennent et libèrent le Cambodge des Khmers rouges le 7 janvier 1977. Pendant ces 3 ans et 8 mois, 3 millions de cambodgiens ont été tués sous le régime de Pol Pot. 3 millions, c’est énorme, et c’est aussi presque 1/3 de la population de l’époque, 8 millions.
Je loue un scoot pour aller au camp d’exécution de Choeung Ek, à une dizaine de kilomètres au sud de la ville. Alors autant dire que la circulation dans Pnhom Penh c’est complètement anarchique !! Il y a beaucoup de monde et pas beaucoup de règles… ça arrive de partout, ça va dans tous les sens, mais c’est agréable de conduire dans ces conditions, tous les sens en éveil. Bon par contre niveau orientation c’est pas encore ça. Je voulais le faire à l’instinct, et bien ça marche pas. Après m’être perdu dans les putains de rues perpendiculaires, j’arrive aux champs après une bonne demi-heure. Le lieu permet de prendre conscience des atrocités commises ici. Pendant le régime de Pol Pot, environ 17.000 cambodgiens furent exécutés ici… Il pouvait y avoir jusqu’à 300 exécutions par jour. Lorsque l’on arrive sur le site, on comprend déjà l’ampleur de cette tuerie puisque plus de 8000 crânes et ossements sont regroupés dans la stupa du souvenir, au centre du site.
On voit également les fosses où étaient jetés les corps, des ossements et des morceaux d’habits dépassent encore du sol. L’audio guide fournit à l’entrée du site comprend des descriptions détaillées et des témoignages de survivants. Et cet arbre de la mort, contre lequel les Khmers rouges fracassaient le crâne des bébés devant les yeux de leurs mères est le summum de l’atrocité. Franchement lorsque l’on voit tout ça, on se demande vraiment comment une seule personne a pu engendrer une telle tragédie. C’est tout simplement abominable, inhumain. Et le pire dans l’histoire, c’est que les hauts dirigeants Kmers rouges encore vivants restent impunis pour leurs crimes, jouant des lenteurs de la justice internationale. C’est une honte. Je prends un peu ma claque ici, mais c’est ce que je voulais, garder les yeux et la mémoire ouverts face à l’une des pires atrocités commises de ce dernier siècle.
Il est tard, mais je pense avoir encore le temps d’aller voir la prison S21, où toutes les victimes du camp d’exécution étaient détenues et torturées. Cet ancien lycée est aujourd’hui un musée. La simplicité du lieu contraste avec l’horreur qui y a régné pendant le régime. Dans les salles de torture, des photos des 14 dernières victimes de la prison, torturées à mort pendant que les vietnamiens entraient dans Pnhom Penh. Dans certains bâtiments des cellules à perte de vue, où les prisonniers étaient retenus. Dans d’autres, des centaines et des centaines de portraits des victimes, que les Khmers rouges photographiaient systématiquement. Des photos de torture et de corps, c’est très dur. Je ne m’éternise pas, à un moment ça suffit toutes ces atrocités. Je sais depuis longtemps que l’Homme a un côté obscur pouvant le pousser à commettre des actes atroces. Mais le fait de les voir, comme ça, c’est dur. Et on se demande toujours pourquoi, pourquoi autant de violence, c’est hallucinant.
Bon, j’ai eu ma dose d’horreur pour la journée, je rentre à l’hôtel. On va manger une bonne grosse pizza dans un des bars qu’il y a le long des quais. On attend une bonne demi-heure, je le signale au serveur qui veut nous offrir une bière en dédommagement. Je lui demande si à la place on peut pas avoir les verres à l’effigie de la bière Angkor Beer. On les a nos verres, et les énormes pizzas arrivent, cool.
Le 7 janvier, c’est l’anniversaire de la libération. Le matin, on profite de toujours avoir le scoot pour aller faire un tour au marché central. Le bâtiment est constitué d’un énorme dôme récemment restauré. Sous le dôme, les joailliers occupent la partie centrale du marché. Dans les allées qui partent du centre, on trouve de la bouffe, des fringues, des souvenirs… C’est ventilé et il n’y a pas beaucoup de monde, c’est tranquille.
Ensuite l’après-midi on veut visiter le Palais royal et la pagode d’argent Malheureusement on avait pas percuté, mais c’est fermé pile aujourd’hui, à cause de l’anniversaire de la libération. Bon, tant pis. Du coup, on rentre se poser à l’hôtel en face du nôtre et on décide du programme des jours à venir. On aimerait louer une moto et partir à l’aventure vers les temples reculés au nord, avant d’aller à SIem Reap. Mais bon, il ne reste déjà plus beaucoup de temps dans le pays, et les temples en question semblent très difficiles d’accès. Donc on décide de prendre d’option Siem Reap direct. Le soir, on va manger au Noodle Boat, un reso qui occupe une très belle demeure coloniale et où les plats sont très bons et pas chers. Et particularité du resto, ils ne servent la bière que dans des verres d’1 litre !! Jamais vu un verre aussi grand !! Un suffira pour deux.
Cette étape à Pnhom Penh aura surtout été l’occasion de découvrir l’histoire, ancienne et récente, du pays. Le savoir permet d’avoir un autre regard sur les gens, sur ce qu’ils ont enduré. Et connaître l’histoire de la période angkorienne est une bonne chose parce que la prochaine étape, ce sont, enfin, les temples d’Angkor !!