14 Juillet 2013
Samedi 13, je jour J. Réveil encore une fois matinale, à 4h je crois. On se dirige vers le pont où on doit montrer nos billets d’entrée du Machu Picchu, rejoignant ainsi une file d’attente de déjà plus d’une centaine de personnes. La fermeture éclair de mon sac à dos choisit ce moment précis pour péter, sympa… Rafistolage d’urgence donc pour pas que mes affaires dégueulent par terre pendant la montée. Pour arriver au Machu Picchu, on peut soit y aller en bus pour 10$, 8km - 25 minutes, soit grimper les putains de marches du sentier super raide, 2km – dénivelé 400m - 1h. Il fait toujours nuit, on attaque. Je monte avec Tycho et René, les deux hollandais, et Rubben. On a le même rythme : BOURIN !!! On dépasse une centaine de personne, utilisant tous les raccourcis verticaux qu’on peut trouver. Par moment les marches sont super hautes, c’est quand même dingue de la part d’un peuple qui avait en moyenne une taille de 1,65m… J’arrive devant les portes du Machu Picchu après 30 minutes de montée. Je suis trempé et mort, mais ça en valait la peine, on va être les premiers à entrer dans le site !!
Les portes s’ouvrent, on a qu’une envie c’est de pouvoir profiter du site seuls, avant que n’arrivent les centaines d’autres touristes qui sont derrière. Berni nous rattrape en nous demandant d’attendre que tout le groupe arrive… y a pas moyen !! On lui dit que non, on retrouvera le groupe juste après de toute façon. On trace, et là, bim ! On y est. Face à nous, Machu Picchu, qui se découvre à la lueur naissante du jour. Les montagnes alentours sortent peu à peu des nuages, on les seuls privilégiés à profiter de ce moment, le silence est total, une larme coule doucement sur ma joue. Magique. Le Huayna Picchu semble véritablement être un visage vu de profil, c’est hallucinant. La cité est belle et mystérieuse. On se sent tellement insignifiant devant cette merveille, on ne peut que ressentir un profond respect pour la civilisation Inca et pour la Nature environnante. Scotché, vraiment. Ne pas bouger, se rendre compte qu’on est là, garder cette image le plus longtemps possible devant soi, pour être certain de la voir gravée à jamais dans la mémoire.
Notre moment de gloire ne dure qu’un quart d’heure, les autres arrivent et on retrouve le groupe à côté de la hutte du gardien du rocher funéraire, d’où on a une vue superbe sur les ruines. Berti nous parle alors de l’histoire du site. La cité n’était pas connue des conquistadors espagnols. Il faut dire qu’elle est sacrément bien cachée, quasiment inaccessible. Elle n’a été découverte il y a seulement un siècle, en 1911, par l’historien américain Bingham. Ce dernier pensait en fait avoir découvert la cité perdue de Vilcabamba, qui est en fait bien plus loin, enfouie dans la jungle. Aujourd’hui, le Machu Picchu est une des 7 nouvelles merveilles du monde. On ne sait toujours pas comment et pourquoi la cité a été construite. Les diverses hypothèses scientifiques côtoient des théories plus légendaires impliquant l’œuvre des géants.
On visite ensuite les ruines. La cité est divisée en différents secteurs : sacré, agricole, industriel, résidentiel. Le travail de la pierre est parfait, ainsi que la gestion de l’eau, grâce à de nombreux canaux taillés à même la pierre. Temple du soleil, temple du condor, temple des trois fenêtres, temple principal. La pièce maîtresse du secteur sacré est sans conteste l’Intihuatana, situé au sommet d’une petite colline. Il s’agit du seul Intihuatana encore intact. L’Intihuatana signifie en Quechua « endroit où on attache le soleil ». Les prêtres incas attachaient le soleil à cette pierre pendant le solstice d’hiver pour ne pas qu’il s’éloigne trop. Mais cette pierre aurait également d’autres propriétés mystiques et énergétiques. L’autel sur lequel il est construit a des angles dirigés vers les quatre points cardinaux et la pierre serait posée exactement au croisement de plusieurs champs magnétiques et énergétiques. Lorsque la visite de notre guide s’achève, chacun est libre de faire ce qu’il veut du reste de sa journée.
Ce que je veux absolument faire, c’est escalader les montagnes alentours pour avoir un point de vue différent sur le site. Mais problème… Pour le Huayna Picchu (le nez du visage inca si célèbre, que l’on peut monter par un chemin complètement vertical), il fallait réserver vachement en avance par internet et je ne le savais pas. Bon sinon, il y a la Montaña Machu Picchu, de l’autre côté des ruines. Mais, il fallait le demander à l’agence lors de la réservation du trek et ces connards se sont bien gardés de ma dire que ce n’était pas compris dans la prestation qu’ils me vendaient. Tout le monde dans mon groupe peut y aller, sauf moi. Dégoûté. Ruben est dans le même cas que moi. On monte donc au poste de contrôle et on tente de soudoyer les gardiens pour qu’ils nous laissent passer. Rien à faire, ils s’en foutent eux, mais si ils le font, les gardiens du second poste de contrôle vont leur taper dessus… Fuck !
Bon, du coup on part faire la section du trek du chemin de l’Inca qui arrive aux ruines. Ca nous prend 45 minutes et on est monté assez haut mine de rien, très belle vue. Je me souviens des temples d’Angkor que j’ai visité au Cambodge. J’avais été stupéfait et envoûté de la même manière. Mais la différence, c’est la maîtrise que les Incas avaient sur leur environnement. Etre capable de construire cette cité ici, en taillant parfaitement d’énormes blocs de granit, et savoir construire ces superbes terrasses agricoles pour s’adapter au relief, c’est fou.
Une fois qu’on est redescendu, je continue de me promener pendant des heures dans les ruines, prenant vraiment le temps de profiter de ce moment magique. Je passe aussi beaucoup de temps un peu en hauteur par rapport aux ruines, à le contempler, encore et encore.
Vers 14h30, ça fait déjà plus de 8h que je me promène. Je commence à être un peu mort et je pense avoir fait le tour, je décide donc de rentrer à Aguas Calientes, je retrouve pas mal de membres du groupe, avec lesquels on va manger une pizza. Puis, longue attente jusqu’à l’heure du retour. Il y a des trains qui partent à 16h, 17h30 ou 21h. Moi, j’ai une place dans celui de 21h30, c’était le moins cher. Du coup, faut attendre. Heureusement, quelques uns du groupe ont aussi le même train. Du coup, billard bière clope pendant 2h avec Ruben, pour finir cette journée parfaite. Puis 3h de transport train/bus pour revenir à Cuzco. Je crois que j’ai dormi pendant tout le trajet !
Donc en somme pour résumer le Machu Picchu : MAGIQUE !!! Dans ma tête, c’est un peu comme si mon voyage s’arrêtait là. Car ensuite, ce n’est plus du voyage au sens où je l’ai essentiellement vécu jusqu’à maintenant. Ce qui m’importe après, c’est de voyager avec Pao, puis la retrouver chez elle au Chili. Et pour ce qui des autres endroits que je veux absolument voir ensuite, c’est le lac Titicaca, la route de la mort et le Salar d’Uyuni en Bolivie et San Pedro de Atacama au Chili, ça touche à sa fin. Donc au Machu Picchu, je ressens déjà un puissant sentiment d’accomplissement, accentué par la magie du lieu.