9 Juillet 2013
Il y a plusieurs treks différents et plus ou moins longs pour arriver au Machu Picchu. Certains passent par la jungle, d’autres proposent une partie en vtt, ou encore en rafting. Mais je sais depuis longtemps quel est le trek que je veux faire : le trek du Salkantay. Le trek le plus célèbre est le chemin des incas, long de 43km te pour une durée de 3 jours sans compter le Machu Picchu. Mais ce trek une affluence monstrueuse, il faut le réserver des mois à l’avance et il est très cher. Le Salkantay m’intéresse beaucoup plus. Il fait 64 km et dure 4 jours, toujours sans la journée supplémentaire à crapahuter sur le Machu Picchu. Il permet également de passer de paysages de haute montagne à la jungle. Les 5 jours Machu Picchu, transport, bouffe, guide et porteur compris : 220$. Et on peut réserver tous les jours pour le lendemain. Done !
Mardi, réveil matinal donc. Un guide vient me chercher à mon hôtel à 5h30 du mat. Il fait les autres hôtels et réunit tout le monde dans deux minibus. On a ensuite 3h de minibus pour se rendormir. On arrive un peu avant 9h à Mollepata, où on va pouvoir prendre le petit déj. On est un gros groupe, 18 personnes. Et on voit aussi deux autres groupes de taille identique qui commencent le même jour que nous. Bon, c’est un trek célèbre, il ne fallait pas se leurrer. Dans le groupe, il y a : 4 américains, 4 allemands, 3 brésiliens, 2 hollandais, 2 irlandaises, 1 australienne, 1 polonais et 1 français, moi. Un bon mix, et pour une fois il n’y a pas d’autres français ! Une fois rassasiés, chacun d’entre nous peut donner 5kg aux porteurs, puis garder le reste dans son sac. On fait la connaissance de tout le monde, et notamment de notre guide Berni, qui nous précise le déroulement de la journée.
On part à 9h30. Cette première journée est soft : 19km de marche et 1000m de dénivelé, réalisés en 7h. Le chemin est bien large et peut rapidement avoir des points de vue sur les grandes vallées environnantes. Je prends la tête du peloton et parle beaucoup avec les guides, j’ai envie de parler plus espagnol qu’anglais. Bon, je marche quand même aussi avec les autres, histoire de connaître un peu tout le monde. Le temps est dégagé tout le temps. On s’arrête une petite heure au sommet d’une colline pour manger et c’est reparti.
En fin d’après-midi, on aperçoit au loin le sommet enneigé de la montagne Umantay (5460m), puis un peu plus tard de la fameuse montagne de Salkantay (6270m). Salkantay signifie « le Sauvage ». Nous, on campe au pied de ces deux impressionnantes montagnes. Le camp est bien aménagé et les tentes sont protégées par des bâches. Je partage ma tente avec un des brésiliens, Edison. Tout le monde s’habille chaudement, la nuit commençant à tomber. Ensuite, thé, café, maté à volonté et petits gâteaux pour se réchauffer. Le diner viendra une heure et demie après, excellent. Une bonne petite soirée pour apprendre à se connaître. Tout le monde se couche tôt, vu qu’on doit aussi se lever tôt le lendemain et qu’on est pas vraiment sûrs de dormir à cause du froid (on est quand même à 3900m).
J’ai très bien dormi cette nuit là. Tout habillé avec les vêtements thermiques et dans mon sac de couchage -10°C, les -5°C qu’il a fait cette nuit ne m’ont pas dérangé. Réveil à 5h45, faire les affaires, petit déj et briefing de Berni à la « Big Familly », comme il ne cesse de nous appeler. Le programme de la journée est un peu plus corsé que la veille : 21km, 750m de dénivelé positif jusqu’au plus haut point de la rando, puis une descente de 1750m de l’autre côté du col, 9h de marche. Au début, la montée ça va. Pour les 20 dernières minutes en revanche, les effets de l’altitude se font ressentir. Je lâche le groupe, mets ma musique à fond et je trace.
Arrivée au Abra Salkantay 2h après le départ. On est à 4600m, entourés de neiges éternelles. Le reste du groupe arrive petit à petit, ainsi que le deux qui n’ont pas voulu marcher et qui ont préféré monter à dos d’âne. Le Salkantay est une montagne très importante pour les Quechua. Les plus hautes montagnes sont en effet considérées comme des passerelles entre la Terre et le Soleil. Aujourd’hui encore, les communautés viennent ici faire des sacrifices. Berni nous a d’ailleurs demandé à tous de prendre un caillou lorsqu’on était au campement ce matin. Une fois au col, chacun prend son caillou et une feuille de coca, la dirige vers les trois sommets que l’on peut voir et le dépose sur un rocher, en offrande à Pachamama.
Une fois qu’on a bien pris l’air frais au col, on entame la descente. Il nous reste deux heures de marche pour rejoindre Huayracpampa, où on doit déjeuner. A un moment, on traverse de très intéressants chaos rocheux. Je m’arrête et laisse passer tout le monde. Puis, mode hors piste, en courant et sautant d’un rocher à l’autre comme un cabri, j’adore !! C’est beaucoup plus intéressant que de rester sur le chemin !! Huayracpampa est à 4000m. On y fait une longue pause pour manger et se prélasser au soleil. Puis, on continue notre interminable descente jusqu’à Chaulay, notre second campement, situé à 2900m.
La descente n’est pas difficile, mais à la fin on sent quand même qu’on a eu une bonne journée derrière soi. Elle permet par contre de se rendre bien compte du changement d’altitude. Nous nous trouvions au départ au pied des neiges éternelles. A mesure que l’on descend la vallée, les versants se couvrent progressivement d’un épais manteau vert rappelant un peu des montagnes de Mafate à la Réunion. Excellent !! Le campement est nettement mieux que le précédent : une vue superbe, une douche chaude (mais que je ne prendrai pas parce qu’il faut payer 3$) et surtout, un BAR !! Berti invite les volontaires à se joindre à lui pour aller se baigner au pied d’une cascade. Edison, les deux hollandais, une américaine et moi prenons cette option douche gratuite. Mais on se ravisera vite fait en touchant l’eau, il est hors de question que je mette plus qu’un doigt de pied là-dedans ! Ensuite pause café, repos, bouffe (toujours aussi bonne) et soirée tranquille autour de la table.
Jeudi, journée tranquille. Ca tombe bien, les courbatures se font un peu sentir. On a 4h de marche à faire le long de la rivière, puis on continue en van. La marche est très agréable et les paysages traversés très jolis. On peut laisser tomber les vêtements techniques, il fait super chaud maintenant. Je discute pas mal avec le guide, les brésiliens, les hollandais et les allemands. Tout le monde s’entend super bien dans le groupe. Je craignais un peu le nombre élevé, mais finalement ça donne une excellente ambiance. Et puis le jeune guide, le second, m’apprend plein de choses sur le Pérou. L’autre guide, Berti est aussi super sympa, il a de l’humour et très pro pour l’organisation. Bon par contre il va falloir qu’il arrête de m’appeler Lolito (la seule chanson française qu’il connaît c’est Lolita)… Une fois la marche finie, on remplit les vans. Moi j’attends que tout le monde rentre, je veux monter sur le toit. Berti a compris et me fait signe d’y aller, yes ! Je grimpe avec trois autres, c’est quand même plus sympa de rouler les cheveux au vent !
On arrive à la playa, au bord d’une rivière. En attendant que les cuistots préparent le repas, on va faire un foot. Alors il faut savoir moi le foot comment dire… c’est comme le tricot, je n’y connais rien !! Résultat, non seulement je ne suis pas d’une grande aide pour mon équipe (malgré quelques tirs non cadrés, mais c’est déjà ça), mais en plus je me brûle le pied en voulant faire un plaquage (ben oui, je joue pieds nus, pas en chaussures de rando). Pas mon truc donc. Après avoir mangé, toutes ces émotions m’ont donné chaud alors je trouve un petit chemin pour aller me tremper dans la rivière. Ca fait du bien de se sentir propre après 3 jours de rando !
Après ça, on reprend le van, direction le petit village de Santa Teresa, à 1900m. Les tentes sont disposées dans le jardin d’une baraque. On chope nos affaires, on se change et on remonte dans le van. Pour aller où ? Aux hos spring !!! Et ouais, on va passer environ deux heures à des sources d’eau chaude situées à une vingtaine de minutes. Trois piscines étant plus ou moins chaudes, plus des arrivées d’eau froide séparées. UN. PUR. BONHEUR !!! Je fais quelques allers-retours chaud/froid et finit par rester liquéfié dans la piscine la plus chaude. Le seul moment sportif (quand même) intervient lorsque Berti lance un concours d’apnée. Premier ex-æquo avec les hollandais et Daniel, l’allemand, malgré les batailles sous-marines provoquées avec ce dernier. Le tout qui se finit par une bière, la vie est belle.
De retour au campement, café, repas familial et picole avec la musique de merde à fond (y compris la macarena, dont ils ne se lassent pas ici) autour du feu. On commence à être bien bourrés donc il faut faire quelque chose. Avec Martin, Tony, Daniel, Benedikt et Edison, on sort pour voir si on peut pas trouver un bar ou une boîte pour continuer. On tombe sur nos guides, aussi bourrés que nous. Ils nous font rentrer dans une boîte où on reste même pas 5 minutes, puis une seconde, minuscule, où on doit rester un petit peu plus que 5 minutes mais pas plus. On finit par déambuler dans la rue, déserte. Martin veut absolument une autre bouteille alors le guide nous trouve une bouteille de rhum et du coca, ce qui viendra clairement achever la soirée. Une soirée bien marrante en tout cas, où j’aurai même gagné une casquette offerte par Tony, sous prétexte que je ressemble à Forest Gump avec (il était déjà bourré).
4ème jour, réveil à 6h30, là ça fait mal !!! Je me suis couché il y a 3h, bourré, et j’ai des courbatures. On fait pas les malins au pti déj. Ca tombe bien, pour cette journée on avait le choix entre marcher tout le long jusqu’à Aguas Calientes, ou payer et se faire une zip-line de ouf puis continuer en bus jusqu’à la ligne de chemin de fer, où on marche. Bon, ben c’est tout vu, zip-line !! La majorité d’entre nous le fait. On arrive au centre, on s’équipe et on marche une vingtaine de minutes vers le premier départ. Avec Daniel, on se dit qu’on toujours pas vraiment opérationnels là… Mais à priori, ce qui nous attend devrait nous réveiller… les plus hautes zip-line de l’Amérique du Sud… On va passer d’un versant à l’autre de la vallée en utilisant 2500m de câble répartis en 6 sections. La plus longue section faisant 400m. Et la première, là devant nous, c’est la plus haute, 150m de hauteur. Bon, toujours pas réveillé, mais quand faut y aller, faut y aller. Alors la première descente elle est quand même impressionnante. C’est haut et ça va vite. Mais rapidement, c’est du plaisir total !
On enchaîne ainsi les sections, en faisant des figures différentes. A la section la plus longue, le guide demande qui veut faire un Superman. Putain, j’attends ça depuis le début, moi moi moi !! Le super man, c’est la tête la première, avec le guide derrière toi qui te maintient les pieds. Je prends mon envol. C’est génial, on a vraiment l’impression de voler !!! Avant, j’étais Lolito. Maintenant, je suis Lolito, El Condor !!
A un des derniers câbles, je ne sais plus trop quoi faire comme figure alors les autres décident de me pousser pour que j’ai plus de vitesse. Effectivement, ça marche. Par contre, lorsque le guide posté à l’arrivée me fait des grands signes pour me dire de freiner, je comprends pas et le salue à mon tour. S’en suit une arrivée fracassante, avec percussion de brésilien, puis de rocher… plus de peur que de mal finalement, légères brûlures au tibia et des poils en moins. Le brésilien va bien. On retourne ensuite au centre, un peu tristes de retrouver le plancher des vaches.
Puis on reprend le van. Je me rends compte plus tard que j’ai laissé ma veste dans le sac du guide et que j’ai oublié de la lui demander, je ne la retrouverai jamais, snif. On arrive à Hidroelectrica et on déjeune dans un petit snack. Petite sieste, et c’est parti. Cette fois-ci, on a plus de porteur, donc on doit prendre tout notre bordel avec nous, ça change. Pendant ces quelques 3h de marches, on longe le chemin de fer dans un environnement complètement tropical. C’est quand même dingue la diversité de paysages qu’on peut rencontrer pendant ce trek. Bon par contre, j’ai trouvé qu’il n’était pas si difficile que ça, je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus sportif. Bon après, moins forcer et passer de bons moments tous ensemble, aller aux hot spring ou jouer au Condor, c’est quand même plutôt cool !
On arrive à Aguas Calientes vers 16h et le guide nous indique nos hôtels respectifs. Je me retrouve dans une chambre de 4 avec les brésiliens. On se retrouve tous à 18h pour aller au resto. Joli cadre, mais pas grand-chose à manger. Là, le guide nous donne nos tickets pour le Machu Picchu et pour le retour en train. Trois autres personnes d’un autre groupe viendront se joindre à nous le lendemain. Je connais l’un d’entre eux, c’est Ruben, le belge que j’ai rencontré il y a deux mois à Mendoza, excellent ! On a encore la dalle après le resto, alors avec les brésiliens, les allemands et les hollandais, on va se faire d’excellentes pizzas, gracieusement offertes par Fabio. Puis, retour tôt à l’hôtel pour être d’attaque pour la journée ultime, pour l’accomplissement de ce trek : le Macchu Pichu !!