31 Octobre 2012
Vang Vieng est une petite ville située au nord de Ventiane. Encadrée par des montagnes calcaires, elle s’étend le long de la rivière Song. Cet emplacement privilégié permet de s’adonner au kayak, à l’escalade, à la rando, mais surtout au tubing, spécialité du coup. Mais la ville est surtout connue comme étant celle où viennent tous les touristes voulant faire la fête et se défoncer. Les magasins de fringues sont remplacés par des magasins d’alcool, et si on regarde la dernière page de la carte dans certains restos, on peut avoir du zamal, des champis, de l’opium, et toutes sortes de happy things. Mais aujourd’hui, Vang Vieng est surtout connue pour de bien plus tristes raisons. Forte de sa réputation de babylone laotienne, la ville a attiré de plus en plus de touristes venant ici uniquement dans le but de se défoncer un maximum. A tel point que nombre d’entre eux allaient ensuite sauter dans la rivière, dans un état complètement second. Résultat, 30 morts cette année, parce que si tu rates l’endroit où il y a de la profondeur, et il n’y en a pas beaucoup, tu te ramasses sur les rochers… Bref, une hécatombe de touristes débiles. Du coup, il y a un peu plus d’un mois, les flics ont débarqué en masse et ont fermé tous les bars qui longeaient la rivière (des dizaines) et qui n’avaient pas de licence. Donc aujourd’hui quand on arrive à Vang Vieng, on se retrouve dans des rues bondées de guesthouse, restos et bars, complètement vides. Une ville fantôme. Et le pire dans tout ça, c’est que ces comportements occidentaux ont déteint sur les laotiens, certains sont complètement perchés et ne reviendront jamais, tous ne savent plus quoi faire dans cette situation.
Bref. J’arrive à Vang Vieng à la tombée de la nuit, après 3-4h de bus. Je rencontre André, un portugais (mon premier, je suis ému) qui cherche du boulot à Bangkok, ainsi qu’un français et un allemand. On trouve un hôtel pas cher pour passer la nuit. Trop la dalle et je bouffe du riz depuis bien trop longtemps, je les amène au Whopping Burger, qui m’a été fortement conseillé par les deux français rencontrés à la baie d’Ha Long. Et putain très bon choix, un burger à trois étages, du steak, bacon, œufs, fromage, frites… bref, juste parfait pour faire un breack avec la bouffe locale ! La digestion est dure, mais on va boire quelques bières au seul bar où il y a de l’ambiance (j’entends plus de 10 personnes). On a eu le flyer dans la rue, ce soir c’est Little Halloween. Ils ne mentent pas au moins…
Le lendemain, André et moi changeons de guesthouse et passons une heure à collecter les informations sur ce qui se fait dans le coin et on loue chacun un scoot pour explorer les environs. Jamais eu un scoot aussi pourri !! La roue arrière bouge, les freins, bof, pas de compteur de vitesse, la jauge d’essence chelou et les rapports, soviétiques. Bon, en même temps il est pas cher. C’est parti donc, sur des routes tout aussi pourries qui nous amènent jusqu’à une cascade. Petite mais sympa, je cours me mettre en dessous. Au bout d’un moment, une douzaine de moines se joignent à moi, à savourer la puissance de l’eau qui tombe, je me sens moins seul. Un moment de partage très sympa.
On redescend ensuite jusqu’à un petit bassin, où les moines sautent de 5-6m. Ok, c’est parti !! On s’éclate comme des gamins. On mange ensuite du délicieux poisson au bord de la rivière, avant de repartir avec nos machines infernales de l’autre côté de la ville, pour s’enfoncer entre les montagnes.
Au bout d’un moment, la route n’est plus, c’est un chemin de terre. Puis le chemin de terre n’est plus, c’est un ancien lit de rivière, bon ok, c’est parti pour le mode 2x2 !! C’est chaud, mais ça passe, ces scoots ont fait la guerre et ils en verront d’autres !
A un moment, un petit panneau indiquant une grotte. Un rencontre un chinois qui s’est croûté en scoot, le genou en sang. Avec un guide local, on y rentre pour aller voir un gentil petit bouddha à l’intérieur. Sympa, mais je me dis que 10.000 c’est cher payé. On continue, cool. Aucun aménagement à part une ou deux échelles en bois, on avance à la lampe frontale, découvrant la faune locale et faisant de la musique sur les stalactites. Puis le guide nous dit que maintenant, on rampe jusqu’à la sortie. Et putain c’est long, surtout avec un sac de 5 kilos à traîner !! Mais c’est sportif, j’adore. On ressort, tous boueux, il faut maintenant se retaper la route de merde pour rentrer.
On se repose un peu. Je me pose aussi la question de ce que je vais faire. En fait, je vais en Thaïlande après le Laos et pensais faire mon visa à Luang Prabang, au nord. Mais ce n’est pas possible, l’ambassade n’est qu’à Vientiane… et j’ai pas du tout percuté quand j’y étais !!! Donc deux choix, soit je le fais depuis Luang Prabang par une agence et je paye 40 euros de plus (ce qui représente beaucoup ici), soit je perds au moins deux jours à repartir à Vientiane juste pour ça. Je suis plutôt parti pour la 2ème option. J’appelle aussi mes parents pour donner un peu de nouvelles. Et là, je joue la carte Joker parents géniaux !! Ils me disent de ne pas me faire chier, de continuer ma route et qu’ils m’envoient des sous, j’avoue que là, je ne dis pas non, merci. On rejoint ensuite le français, l’allemand et un groupe d’argentins au resto, avant de continuer la soirée (enfin pas André, la dernière page de la carte du resto ayant été plus forte que lui) au pub irlandais (si si). Beaucoup plus d’ambiance que la soirée précédente !! Je rentre à la guesthouse et check vite fait internet avant de me coucher, sur la terrasse. A un moment, un groupe d’anglais complètement stones débarque en gueulant, ils montent les escaliers. Puis ça gueule plus fort, juste le temps de tourner la tête et je vois un des gars, un bon gros bébé tout tatoué, chuter du 2ème étage de la cage d’escalier !! Là, comme ça. Je vais voir, ces potes s’occupent de lui, sacrée chute quand même, il aurait pu creuver !! En même temps, en repensant à toutes ces morts qu’il y a eu ici, je me dit aussi qu’il l’aurait bien cherché. Bon finalement il s’en sortira bien, aux dernières nouvelles, chanceux. Mais bon.
Vendredi, André et moi partons pour une journée tubing/kayak, trouvée à la rache à pas chère, 10 minutes avant l’arrivée du tuck tuck. On passera la journée avec un couple d’irlandais partant bosser en Australie. Le journée est tranquille, petite session tubing dans une grotte (pas de quoi casser des briques mais c’est sympa), brochettes, visite de la grotte des éléphants (mais y en a plus), puis après-midi kayak.
Ca fait un peu de sport, mais pour les sensations fortes on repassera. Sur la route, on s’arrête à un bar encore ouvert, où tous les touristes s’arrêtent pour picoler, avant de redescendre la rivière sur leur tube en fumant des bédots, bon.
Le soir on est quand même bien rincés, alors ça sera massage, resto indien et dodo tôt. J’hésite entre rester une journée de plus pour faire de l’escalade et partir le lendemain pour Phonsavan. Mais il y a deux jours, je me suis fait mal à l’orteil en me prenant une marche pieds nus, alors ça sera départ le lendemain. Le soir, je fais la rencontre Adrian, un australien qui a été photographe professionnel pendant 30 ans, à parcourir le monde, et qui maintenant s’occupe de tours organisés en Asie, à bord d’un putain de camion de la mort qui tue. Il est parti de Mongolie il y a 2 mois et demi et va jusqu’à Singapoure. Super rencontre, et il me fait visiter la Chine à travers ses photos. Elles sont magnifiques, d’ailleurs je mets le lien, enjoy.
Je suis content de finir sur cette note là et partir ensuite pour Phonsavan, un endroit plus reculé où je ne serai moins confronté à la décadence humaine et à ses méfaits. Parce que même si j’ai passé de très bons moments à Vang Vieng, je garderai l’image d’une rupture totale entre certains comportements occidentaux et la vie des locaux, au détriment de ces derniers.